[Brève] Commissariat d’une exposition : Incursion dans l’atelier de Rougemont (par Julie Goy)
Julie Goy, doctorante au Centre André-Chastel, est co-commissaire de l’exposition Incursion dans l’atelier de Rougemont, qui se tient actuellement (et jusqu’au 29 septembre, courez-y vite !) au Palais de l’Institut à Paris. Elle nous raconte l’aventure de sa rencontre avec l’œuvre de Rougemont et du commissariat de cette première exposition monographique.

Mon incursion dans l’univers coloré de Guy de Rougemont a débuté lors de ma dernière année de licence de droit-histoire de l’art, en 2020, lorsque mon futur directeur de recherche de master spécialisé en arts décoratifs, M. Jérémie Cerman, m’a suggéré de travailler sur cet artiste vivant dont l’œuvre mêlait à la fois arts décoratifs et art contemporain. C’est donc par le mobilier et les objets que j’ai pénétré dans le monde ludique et joyeux de Guy de Rougemont. Un rendez-vous avec l’artiste devait avoir lieu courant 2021, aimablement organisé par sa nièce. Malheureusement sa santé s’est rapidement dégradée, repoussant sans cesse notre prise de contact, jusqu’à sa disparition à l’été 2021. Sa famille, intéressée par mes recherches, m’a alors permis de poursuivre mon enquête sur son fonds d’archives. Sous la codirection de Jérémie Cerman et Adrien Goetz, durant mon année de Master 2 à la Sorbonne Université, j’ai exploré l’ensemble de son univers artistique, de la peinture à la sculpture, du dessin à la céramique, des installations urbaines à la décoration intérieure, des sols aux papiers-peints, mais aussi ses tapis, lampes et autres objets uniques ou en série. Des créations singulières, fruit de l’esprit d’une personnalité hors-norme, qui a su laisser derrière elle de passionnants écrits et d’amusantes anecdotes, toujours gravées dans la mémoire des nombreuses personnalités qui ont croisé sa route. Avec la confiance de sa famille, je travaille désormais en tant qu’historienne de l’art indépendante sur son important fonds d’œuvres et d’archives, en parallèle des recherches que je poursuis en doctorat sous la codirection de M. Arnauld Pierre (Sorbonne Université) et M. Jérémie Cerman (Université d’Artois). Mes missions sont nombreuses, allant de la rédaction de textes pour des expositions et des publications à la création du catalogue raisonné de l’artiste, en passant par le commissariat d’exposition, qui me permet après cette longue introduction d’entrer dans le vif du sujet : ma mission de co-commissaire, aux côtés de l’académicien Adrien Goetz, de l’exposition « Incursion dans l’atelier de Rougemont », présentée au Pavillon de la comtesse de Caen (Académie des beaux-arts) jusqu’au 29 septembre prochain.

L’exposition est née de la volonté de l’Académie des beaux-arts de rendre hommage à Guy de Rougemont, élu académicien de la section peinture en 1997, au siège de Jean Bertholle, désormais occupé par l’artiste Tania Mouraud. Dès l’automne dernier, nous avons travaillé en synergie avec la famille de Rougemont et l’Académie des beaux-arts pour organiser ce beau projet. L’idée de créer une incursion dans son atelier, environnement premier du peintre, s’est rapidement imposée. Il m’a semblé évident qu’une reconstitution de l’atelier si particulier, que j’avais eu la chance de découvrir, était primordiale. À partir du fonds d’œuvres et d’archives de l’artiste, nous avons sélectionné des réalisations de différents médiums et de différentes époques, pour rendre compte le plus fidèlement possible du parcours artistique de Guy de Rougemont. Un mélange de sculptures, pastels, toiles de petits et grands formats, de mobilier et même un tondo, se côtoient dans l’espace d’exposition. Pour deux toiles de grand format très anciennes, il a été nécessaire de faire appel à un restaurateur, une opération à prévoir bien en amont de l’exposition. Pour arriver à la sélection finale, j’ai réalisé de nombreux croquis, analysé le plan de l’espace et les dimensions des œuvres : il était important de se projeter pour constituer une scénographie visuellement percutante pour les visiteurs. Que ceux qui ne connaissaient pas l’artiste soient agréablement surpris, tandis que ceux qui l’avaient côtoyé soient merveilleusement émus. J’ai eu des retours très positifs en ce sens de la part de son entourage qui a retrouvé dans l’exposition l’esprit de Guy de Rougemont, en particulier dans la reconstitution d’atelier, ce qui m’a énormément touchée.

Le commissariat d’une exposition dans une institution d’État se prépare sur le temps long. Le créneau d’événement est fixé plus d’un an à l’avance. La sélection des œuvres s’est faite progressivement au cours des mois précédant l’inauguration, exclusivement à partir du fonds d’atelier de l’artiste, en concertation avec les ayants droit. Le choix final a ensuite été validé auprès de différents représentants de l’Académie des beaux-arts. A suivi le temps de l’administratif, avec la gestion des devis pour les transports et les assurances par le chargé d’expositions de l’Académie, puis la rédaction des cartels, du communiqué de presse, de la sélection des visuels pour la presse et pour la signalétique extérieure (quatre bâches portant le titre de l’exposition, ses informations pratiques et un visuel d’œuvre). Nous avons également collaboré avec la librairie de l’Institut, accolée au Pavillon de la comtesse de Caen, pour l’édition de cartes postales représentant quelques œuvres de l’exposition.

Le dernier préparatif avant le montage de l’exposition et non des moindres, est la phase de communication. C’est certainement l’une des plus angoissantes à mon sens, car si personne n’entend parler de l’événement, alors tout le travail mené en amont est réalisé dans le vide. C’est à la fois le temps de la conquête de la presse et celui d’une diffusion intense auprès des personnalités potentiellement intéressées par l’événement, de l’entourage plus ou moins proche de l’artiste et de sa famille, aux aficionados et professionnels de l’art contemporain et de la culture en général.
La semaine de montage a été mon moment favori. Avec l’aide d’une équipe très sympathique, nous avons découvert avec plaisir les œuvres arrivées emballées au Pavillon puis les avons disposées selon la scénographie que j’avais imaginée, qui a bien sûr été affinée pendant le montage et adaptée à la réalité de l’espace. La semaine de montage est un moment très vivant, car nous n’avons en réalité qu’une idée partielle du résultat réel de l’accrochage final. C’était une très bonne surprise dans le cas de cette exposition. La disposition des cartels, le choix de l’éclairage et les échos entre les œuvres correspondent bien à l’atmosphère que j’espérais recréer, d’après ce que j’avais ressenti en visitant les ateliers et la maison de Guy de Rougemont. Chaque étape du processus a été documentée par un photographe qui nous a suivi tout au long de la semaine et nous avons aussi réalisé des capsules vidéos pour présenter l’exposition sur les réseaux sociaux.

Après l’inauguration, j’ai eu le plaisir d’organiser plusieurs visites guidées, pour la presse, pour des collectionneurs et pour des étudiants en histoire de l’art, qui ont semblé sincèrement apprécier l’œuvre de l’artiste. Nous avons reçu des retours très positifs de la part du public, qui redécouvre avec émerveillement l’univers coloré de Guy de Rougemont. Cette longue et belle aventure se prolonge avec la sortie d’une monographie de l’artiste intitulée « Guy de Rougemont », dirigée par Gay Gassman, aux éditions Norma, à laquelle j’ai eu l’honneur de collaborer et qui fait office de catalogue pour l’exposition. Dans le cadre de sa diffusion, une signature par l’auteure est organisée lors des Journées du Patrimoine à la librairie de l’Institut. Une seconde exposition prolongera cette célébration de l’œuvre de Guy de Rougemont à la galerie Ketabi-Bourdet, qui représente désormais l’artiste, à l’occasion de la semaine de l’art à Paris en octobre prochain.
Julie Goy, doctorante en histoire de l’art contemporain sous la co-direction de M. Arnauld Pierre (Sorbonne Université) et M. Jérémie Cerman (Université d’Artois).
Co-commissaire de l’exposition « Incursion dans l’atelier de Rougemont » au Pavillon de la comtesse de Caen, Académie des beaux-arts, 27 quai de Conti 75006 Paris, jusqu’au 29 septembre prochain.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Maxime Bray (13 septembre 2024). [Brève] Commissariat d’une exposition : Incursion dans l’atelier de Rougemont (par Julie Goy). Carnet des doctorant.es du Centre André-Chastel. Consulté le 12 octobre 2026 à l’adresse https://chasteldoc.hypotheses.org/7561


